Yan Turmine
L’annonce au début mai que huit grandes chaines d’épicerie allaient arrêter d’acheter d’ici 2022 des produits provenant d’élevages qui gardent les truies en cages, est un changement non seulement majeur pour la production porcine, mais aussi pour l’ensemble de l’agriculture. Olymel qui est un des grands transformateurs de viande au Canada, Tim Horton, McDonald et Burger King ont déjà annoncé qu’ils arrêtaient de s’approvisionner en produits provenant d’élevages qui garderont les truies en cages.
Ces annonces font en sorte que les producteurs doivent dès maintenant songer sérieusement à changer leurs méthodes de production. Et c’est tout un changement qui va représenter des millions d’investissements au niveau de la production et à un moment où la rentabilité n’est pas au rendez-vous. Et à un moment où l’aide de l’état est plutôt en baisse. De plus les délais pour s’adapter sont plus ou moins clairs : 2022 c’est loin ! Mais pour les chaines de restauration rapide qui ont déjà pris la décision, comment vont-elles s’approvisionner en bacon, un produit dont la production est concentrée dans quelques usines et qui impacte pratiquement la totalité de la production. Ces exigences de la part des acheteurs, et non les moindres, vont ouvrir des fenêtres d’opportunités qui risquent de lancer une course aux parts de marché. Les délais d’adaptation ne voudront pas dire grand-chose si les acheteurs trouvent ce qu’ils veulent plus rapidement, et ce nouvel approvisionnement ne proviendra pas uniquement du Québec ou du Canada.
Cet événement annonce possiblement une nouvelle ère en agriculture chez nous, inquiétante diront certains, souhaitable diront d’autre. Dans le passé et encore aujourd’hui c’étaient les producteurs et les gouvernements qui décidaient les façons de produire. Les détaillants s’approvisionnaient afin de répondre en quantité et en variété aux consommateurs. Il était rare au Canada que les détaillants ou la restauration imposent une façon de produire qui affecterait l’ensemble de l’industrie. Les détaillants sont à l’écoute de leur clientèle qui depuis un bon moment veut de la variété, mais qui maintenant veut en savoir plus sur ce qu’elle mange, d’où cela provient, et qui le produit. L’explosion dans les médias de ce qui concerne la bouffe est assez révélatrice de l’intérêt du public. Si vous voulez avoir une bonne cote d’écoute, parlez de bouffe, si vous voulez avoir un succès en librairie écrivez sur la bouffe.
Le plus inquiétant dans tout cela c’est l’ignorance du grand public et des médias dans les villes de la production agricole. Cette ignorance alimentée d’une part par des clichés sur la production et d’autre part par une marginalisation dans notre société du monde rural, fait en sorte qu’il est facile difficile d’avoir des arguments logiques sur les désirs du consommateur. La production agricole était habituée de discuter sur des bases logiques et scientifiques lorsque le gouvernement voulait imposer une réglementation. Même si des fois on trouvait cela difficile, cela n’est rien comparé aux demandes des grandes chaines et de l’opinion public. La discussion ne se fait plus en comité restreint, mais en plein jour à travers les grands médias, l’objectif convaincre l’opinion public.
Malheureusement le monde de la production agricole s’est tenu loin des médias grand public, et n’est pas près de négocier des enjeux de production à travers ceux-ci. Certains efforts ont été faits, les portes ouvertes à la population que l’UPA organise chaque année sont des efforts plus que louables, mais cela va en prendre beaucoup plus. Les producteurs ont dans le passé dépenser des dizaines de millions pour vendre leurs produits à travers des campagnes de publicité, il va falloir maintenant penser à vendre les producteurs et leur production.
Yan Turmine
À la veille (cela fait plusieurs années que l’on est à la veille) de l’annonce d’une nouvelle politique alimentaire par notre nouveau ministre de l’agriculture, la souveraineté ou l’autosuffisance alimentaire semble être au centre de cette nouvelle politique. C’est du moins ce que souhaitent, avec raison, plusieurs groupes.
L’agroalimentaire occupe une part assez importante dans l’économie de tous les pays, tout simplement parce que chaque habitant doit manger tous les jours. Pour plusieurs pays, la sécurité alimentaire, c'est-à-dire nourrir son peuple, est tout un défi. Il limite d’ailleurs le développement de plusieurs pays. Difficile de faire du développement économique quand votre peuple crève de faim ou que l’importation d’aliments monopolise une grande partie de vos ressources monétaires. L’accès à une alimentation adéquate fait d’ailleurs partie de la Déclaration universelle des droits de l’homme des nations unies.
Au Québec, On est chanceux car l’étape de la sécurité alimentaire est acquise depuis longtemps. L’agroalimentaire est même devenu un important outil de développement.
Ce secteur fait travailler aux alentours d’un demi-million de personnes, dont près de 120.000 au niveau de la production et de la transformation. La valeur des livraisons des produits alimentaires au Québec est de plus de 23 milliards par année. Ce secteur investi massivement année après année des milliards de dollars, en 2009 ces investissements s’élevaient aux alentours de 2.2 milliards.
Malgré ce succès et son importance, le secteur agricole peine à assurer l’autosuffisance alimentaire du Québec. Cette autosuffisance se situerait entre 30 et 50 % selon la méthode de calcul utilisé. Pourtant cette autosuffisance était à 77 % en 1985. L’atteinte de l’autosuffisance que l’on avait en 1985 représenterait une injection d’au moins 3 milliards de dollars dans l’économie du Québec annuellement, soit l’équivalent du tiers des revenus globaux annuel d’hydro Québec.
Ce faible taux d’autosuffisance alimentaire, résultat d’un manque de volonté de se doter d’une réelle politique agricole, a des effets pervers. En premier lieu, elle menace notre sécurité alimentaire. Non pas dans sa dimension de l’accessibilité des aliments car l’on continuera à manger trois repas par jours. Mais dans sa dimension production et sa dimension de qualité. L’importation massive d’aliments au détriment des mêmes aliments produits ici a pour conséquence, à un certain moment, de faire disparaitre des infrastructures indispensables à la production et nous amène à une dépendance totale des importations. De plus, notre société c’est dotée de règle qui régisse la salubrité de nos aliments produits ici. Ces règles sont difficilement voir impossible à appliquer aux aliments importés. On cède alors une partie de notre souveraineté au pays d’où proviennent nos importations. Ce sont eux qui décident quels pesticides ou quels niveaux de médicament seront utilisés dans les aliments consommés ici.
La plupart du temps la dégradation de notre niveau d’autosuffisance est plus le fruit d’intérêt commercial et de spéculation que de la volonté de consommer des produits exotiques. Les efforts volontaires de la grande distribution à favoriser l’autosuffisance des produits alimentaires n’a eu que pour résultats une baisse de celle-ci. Une vraie politique de souveraineté alimentaire devra être contraignante, pourquoi ne pas introduire une taxe pour l’autosuffisance alimentaire. À partir d’un certain niveau, à être défini par le gouvernement, sur l’ensemble de ces produits vendus, un distributeur pourrait se voir imposer une taxe pour l’autosuffisance alimentaire. Cela rendrait les distributeurs assez proactifs à trouver des solutions à maintenir une proportion de produits québécois dans notre panier d’épicerie tout en continuant à vendre des oranges en hiver. Mettre en place de telles mesures demande une volonté au plus haut niveau de l’appareil politique. On parle bien de taxe sur le carbone. Mettre en place une taxe sur l’autosuffisance alimentaire serait techniquement beaucoup moins compliqué et les retombées économiques beaucoup plus évidentes.
par Yan Turmine
La main d’œuvre est de plus en plus difficile à trouver. Avec l’approche du printemps, le casse-tête d’engager du personnel recommence pour plusieurs entreprises agricoles. Plusieurs se tournent vers la main-d’œuvre étrangère. Pour ceux qui trouvent de la main-d’œuvre locale, plusieurs attendent de voir l’impact des nouvelles normes de l’assurance chômage.
Il n’y a pas que le secteur agricole qui connait des difficultés de recrutement. Plusieurs autres secteurs économiques sont en pénurie. De plus, on retrouve cette difficulté de recrutement non seulement au niveau des fermes, mais aussi des entreprises d’intrants et des entreprises de transformation de produits agricoles.
Plus de 8000 travailleurs étrangers sont engagés sur les fermes Québécoises durant la période estivale
Le recours à une main-d’œuvre étrangère temporaire est donc une solution vers laquelle plusieurs entreprises se tournent. Cette solution semble d’ailleurs de plus en plus populaire : Plus de 8000 travailleurs étrangers sont engagés sur les fermes Québécoises durant la période estivale. La main-d’œuvre étrangère doit cependant être là uniquement pour palier à un manque de main-d’œuvre, et non une façon de réduire les couts de production par l’embauche d’ouvriers étrangers moins bien payés. Actuellement, les organismes qui s’occupent de ces embauches suivent et respectent des règles strictes en matière de conditions d’emploi.
Le risque de voir apparaitre des firmes de placement aux pratiques douteuses est bien présent
La popularité de ce type de travailleurs, la tentation de faire comme aux États Unis où la main-d’œuvre d’émigrants travaille dans des conditions qui frôlent l’esclavage, met de la pression sur le système d’embauche des travailleurs étrangers. Le risque de voir apparaitre des firmes de placement aux pratiques douteuses est bien présent. Le problème de main- d’œuvre deviendra dans les prochaines années le problème numéro un de l’ensemble de la filière agricole. Il est déjà une question de survie pour beaucoup d’entreprises. La main-d’œuvre étrangère n’est surement pas la solution. Nos entreprises pour faire face à ce défi doivent continuer à s’automatiser, la main d’œuvre existante doit être mieux formée, et doit avoir accès à de la formation continue. Nous devons faire plus avec les ressources humaines que l’on a. Il faut être plus productif et vivre dans un environnement de plus grande productivité. Nos gouvernements, nos organismes parapublics et l’UPA doivent revoir leurs interventions. Celles-ci ne doivent pas augmenter la pénurie de main-d’œuvre, elles doivent plutôt la régler.
Souvent les aides et programmes gouvernementaux entrainent du double emploi dans certains secteurs ce qui crée encore plus de pression sur la main d’œuvre. La première entente sur les services-conseil fut un bon exemple : Sous prétexte de service non lié versus lié, on a mobilisé des ressources humaines dans des secteurs où il avait déjà beaucoup d’offres de service. On a créé en plus des programmes d’aide aux producteurs qui excluaient une bonne partie des services-conseils, engendrant ainsi une pénurie de main-d’œuvre. Il aurait été plus simple et plus efficace d’ouvrir ces programmes d’aide à l’ensemble des services-conseils, quitte à mieux encadrer et à renforcir leurs services.
Certains règlements accroissent aussi la charge de travail des entreprises en paperasse et mobilisent une main d’œuvre qui serait plus utile dans d’autres tâches. On a qu’à penser à tous les permis qu’il faut avoir : au PAF (Plan Agro Environnemental), aux normes liées à la qualité de nos produits, à notre environnement, au travail. La plupart de ces règlements sont nécessaires, mais souvent ils mériteraient d’être modernisés et allégés dans leurs applications.
Il n’y a pas de solution miracle pour régler ce grave problème de pénurie de main-d’œuvre, c’est une meilleure concertation entre les différents intervenants et une multitude d’actions qui parviendra à résoudre le problème.
Le Globe and Mail rappelait dernièrement que le Canada était en pleine négociation avec l’Europe pour conclure un traité de libre-échange. Un des points centraux de ce traité est entre autres le commerce agricole, plus particulièrement, l’accès du porc et du bœuf canadien au marché européen en échange de l’accès du fromage européen au marché canadien. Le National Post affirmait quant à lui que sans être imminente, l’entente était techniquement ficelée mais qu’on attendait l’approbation politique qui elle semble plus difficile à obtenir.
Washington surveille de près cette entente afin de voir quelle en serait la portée réelle notamment en ce qui concerne l’impact de l’accès du porc et du bœuf canadien au marché européen.
Plusieurs analystes disent que cette entente n’est que le prélude à une entente USA-Europe. Certains pensent même que si le Canada traînait à signer une telle entente, il pourrait se faire damer le pion par une entente entre les États-Unis et l’Europe, ce qui affaiblirait beaucoup la position du Canada.
En promettant des jours meilleurs aux producteurs de porcs et de bœufs en échange de sacrifices pour les producteurs de lait, cette entente risque de mettre à l’épreuve la solidarité entre producteurs.
Cette entente pourrait non seulement faire une brèche majeure dans le système de gestion de l’offre, mais aussi risquer d’opposer deux réalités agricoles. Nous observons d’un côté des fermes familiales qui prospèrent grâce à une politique agricole efficace que l’on appelle la gestion de l’offre, et de l’autre côté, des fermes de moins en moins familiales dont les productions de porc et de bœuf sont de plus en plus intégrées et encadrées par des politiques agricoles qui les laissent à la merci des marchés internationaux.
Demandez à un producteur de porcs s’il est d’accord avec cette entente Canada–Europe : Fort probable qu’il le soit. Il a tout à y gagner. Demandez à un producteur de lait s’il est en faveur d’une telle entente, il y a fort à parier que non. Il a tout à y perdre. De beaux débats en perspective qui risquent de mettre en péril l’unité chez les producteurs. Des enjeux qui profiteront à d’habiles politiciens, dont l’agenda politique, est loin des questions agricoles.
Le Canada et le Québec ont pu préserver leur agriculture grâce à des structures et à des politiques telles que la gestion de l’offre, la commission canadienne du blé, l’assurance stabilisation. Ces politiques ont par le passé assuré une prospérité pour toutes les productions et permettaient un nivellement vers le haut. L’effondrement de ces dernières dans plusieurs productions (tel le porc) ouvre une brèche dans la protection de notre agriculture en générale et risque d’entrainer un nivellement vers le bas pour tous.
Ce genre d’entente de libre-échange est long à signer. Son application encore plus. Ce qui laisse du temps pour que nos gouvernements puissent mettre en place de nouvelles politiques agricoles qui ramèneront la prospérité dans la grande majorité des productions. C’est alors que les producteurs de porcs ou de bœufs pourront dire non au mirage d’une entente Canada-Europe. S’éloigner de cette entente nécessitera de la solidarité, des concessions et sera un test pour le modèle syndical de l’UPA.
Yan Turmine
par Yan Turmine
Tel que promis, le ministre Gendron a mis fin à la mesure du 25 % du programme de l’ASRA. Cette mesure, mise en place par l’ancien gouvernement, ne prenait pas compte dans le calcul du cout de production des données des 25% moins bonnes fermes sondées. Cette façon de faire faisait en sorte de diminuer les compensations d’ASRA que les producteurs pouvaient s’attendre à recevoir. Cette nouvelle de l’abolition du 25 % fut bien accueillie dans le monde agricole, surtout dans plusieurs productions animales. Maintenant reste à savoir si c’est un premier pas vers une réforme en profondeur de l’ASRA ou un geste politique isolé.
De toutes les mesures de resserrement qu’avait mis en place le gouvernement précédent, la mesure du 25 % était celle qui répondait le plus à une motivation de couper la couverture financière au producteur. Cette mesure du 25 % accompagnée des autres mesure, incluant le remboursement du déficit de la caisse de l’ASRA (la cotisation à l’ASRA n’est plus comptabilisée dans le cout de production), faisait en sorte que le programme de l’ASRA était devenu un programme palliatif, afin d’accompagner les fermes vers leur mort. Originalement l’ASRA était un programme qui compensait les producteurs lorsque les prix du marché ne rencontraient pas les couts de production, afin de leur garantir le salaire d’un ouvrier spécialisé. Quand les prix du marché étaient largement supérieurs au cout de production, les producteurs renflouaient la caisse de l’ASRA. Aujourd’hui l’établissement de la compensation et de la cotisation est assez complexe. Elle respecte encore ses principes originaux, mais elle tient compte aussi de certaines particularités financières individuelles ainsi que de l’arrimage des programmes d’aide fédéraux.
Cependant lorsqu’un programme de soutien à la production comme l’ASRA ne permet plus de couvrir les couts de production année après année, il devient inutile. Pour un producteur de ne pas couvrir ses couts par 1000, 10.000 ou 100. 000 dollars, cela lui indique seulement quand il va perdre sa ferme. Il devient alors un malade au soin palliatif à la recherche de la pilule qui le maintiendra en vie le plus longtemps possible dans l’espoir d’un miracle. Dans une telle situation, il est normal d’arrêter de développer, d’investir dans le futur.
Il est quand même surprenant que le Québec ne soit pas en mesure d’offrir un vrai programme de soutien à la production et que l’on soit rendu à n’offrir qu’un programme palliatif comme l’était devenu l’ASRA avec la mesure du 25%.
Les revenus agricoles n’ont jamais été aussi bons
Les revenus agricoles n’ont jamais été aussi bons, mais mal repartis entre les productions. Ce phénomène de mauvaises répartitions des revenus risque d’ailleurs de s’amplifier dans le futur. Le secteur des grains affiche des revenus record, le secteur de l’élevage des déficits record (cela a déjà été le contraire).Pourtant chacun de ces secteurs est dépendant l’un de l’autre à moyen et à long terme. La disparité économique entre les productions sous gestion de l’offre et celle qui ne le sont pas est devenue caricaturale.
Les riches d’un côté et les pauvres de l’autre. C’est un peu la démonstration que quelque chose ne va pas, pourtant l’état injecte des centaines de millions par année dans l’agriculture.
L’agriculture n’est pas un canard boiteux, bien au contraire. C’est un puissant moteur économique pour le Québec dans son ensemble. Par rapport à beaucoup d’endroits dans le monde l’agriculture québécoise a des atouts majeurs : Premièrement une expertise, des infrastructures, des sols, un climat qui contrairement a ce que l’on pense a plusieurs avantages. Les programmes gouvernementaux de soutiens ne doivent pas être l’essence de ce moteur économique, mais l’huile. Ils doivent en répartir les revenus, mais aussi soutenir une agriculture qui respecte les exigences de notre société en matière d’autosuffisance et de sécurité alimentaire, en termes de respect environnemental et de respect social.
L’abolition du 25% est un pas en avant afin de reformer le programme de soin palliatif qu’était devenu l’ASRA. Le défi est grand, il y a beaucoup d’intérêt, et c’est au gouvernement de mettre en place les programmes du futur.
Yan Turmine
La demande de produit alimentaire diversifié n’a jamais été aussi forte. Que ce soit par une curiosité plus grande des consommateurs qui sont plus ouverts vers le monde, ou par l’influence des habitudes culinaires des communautés ethniques, la demande pour de nouveaux aliments n’a jamais été aussi forte. Plus de la moitié des habitants de la plus grande ville au Canada, Toronto, ne sont pas nés au Canada. Pour la plupart manger de la dinde avec des canneberges pendant la période des fêtes c’est exotique. L’agriculture d’aujourd’hui doit faire face à ce nouveau défi qu’est de produire et d’offrir tous ces nouveaux produits. Et c’est tout un défi autant au niveau de la production que de la réglementation.
Les changements sont longs et complexes
Au niveau de la production, on a de plus en plus d’agriculteurs et d’hommes d’affaires qui s’intéressent à ces nouvelles productions. Certaines de ces productions ont connu au cours des dernières années des croissances importantes. Cette augmentation de production sollicite des connaissances en régie, en nutrition en santé animale et aussi au niveau de la réglementation. Lorsque la demande est là, l’entreprise privée répond généralement bien a à cette nouvelle demande d’expertise. Bien entendu ce n’est pas toutes les entreprises qui s’y intéressent, mais plusieurs entreprises, petites et grosses développent de l’expertise dans ces nouvelles productions. Au niveau de la réglementation c’est plus compliqué, souvent plusieurs juridictions ou ministères sont touchés. Les changements sont longs et complexes.
Au niveau de l’inspection des viandes par exemple, lorsqu’un animal est malade un vétérinaire intervient et prescrit un remède (juridiction provinciale pour le vétérinaire et fédérale pour le remède si c’est un médicament). Lors de l’abattage, la gestion des résidus relève du fédéral (ministère de la Santé et de l’agence canadienne d‘inspection des aliments). Un récent cas de rétention d’un lot de lapins par l’agence canadienne d’inspection des aliments démontre comment la complexité et le manque de législation dans une production peut être nuisible. La pasteurellose est une maladie courante en élevage de lapins. Elle est hautement contagieuse et peut causer des pertes sévères aux élevages si elle n’est pas rapidement contrôlée.
Un seul médicament homologué au Canada pour le lapin
Plusieurs cas de pasteurellose s’étant déclarés au Québec, un vétérinaire spécialisé en cuniculture décide de prescrire un médicament afin de contrôler la maladie, cette prescription est d’ailleurs plus complexe à préparer, car un seul médicament au Canada est homologué pour le lapin dans le RNSM et cela pour contrôler une autre maladie. Tous les aliments médicamentés fabriqués ou vendus au Canada doivent être préparés de manière à respecter les prescriptions émises dans le Recueil des notices sur les substances médiatrices (RNSM) afin d'être conformes au Règlement sur les aliments du bétail. La seule exception concerne les aliments préparés selon une ordonnance d'un médecin vétérinaire. Malgré toutes les précautions émises sur la prescription vétérinaire (dosage reconnu ailleurs et temps de retrait largement supérieur a ce qui est recommandé ailleurs dans le monde), les lapins sont retenus à l’abattage par l’inspection parce qu’ils ont été traités par un médicament qui n’est pas homologué dans le RNSM (un seul médicament est homologué pour le lapin dans le RNSM). De plus l’inspection par la suite justifie sa rétention par l’absence de limites maximales administratives de résidus (LMAR) ou de limite fonctionnelle de résidus (LFR). Ces limites sont fixées par Santé Canada. Encore là aucun médicament n’a pas de LMAR ou de LFR dans le lapin. Cette situation devient désastreuse pour les producteurs de lapins et l’abattoir, ils ne peuvent plus mettre en marché leurs lapins. Et cet événement est arrivé en plein dans une période de promotion de la viande de lapin planifiée depuis des mois. L’inspection après beaucoup de représentations et selon les résultats d’analyses de résidus faits par les producteurs accepte sous certaines conditions l’abatage des lapins traités.
Pertes financières réelles
Plusieurs milliers de lapins retenus par l’agence ont été congelés et ne peuvent plus être vendus. La période de promotion, quant à elle, est finie et des milliers de dollars et des mois d’efforts se sont envolés. Cet exemple illustre bien ce qu’un manque de règlement peut faire. Il n’est pas unique à la production de lapin, c'est la même chose pour à peu prés toutes les nouvelles productions animales (canard, pintade, volaille spécialisée, chèvre, etc.). Faute de réglementation adéquate, pour toutes ces productions, les moindres maladies facilement traitables sans conséquence sur la qualité de la viande pour le consommateur, ont des conséquences négatives majeures sur le développement de ces productions.
Des lapins d’ailleurs, médicamentés et non conformes !
Sans réglementation adéquate comment voulez-vous que se développent chez nous des entreprises qui répondent à des secteurs en pleine expansion ? On continuera alors, comme cela se fait actuellement pour la viande de lapin, à importer par bateau, en provenance de différents pays où dans leur cas, on a aucune possibilité de contrôle et ou sont utilisés des médicaments qui seraient totalement interdits au canada.
par Yan Turmine
Des discussions sont en cours sur la répartition des quotas de poulet ans le futur. L’Alberta et l’Ontario revendiquent que dans le futur la répartition de la croissance se fasse selon un modèle lié à l’évolution démographique. Les allocations de quota, du moins la croissance se ferait non pas en fonction des quotas détenus, mais plutôt selon le facteur démographique. C’est ce que demandent l’Ontario et l’Alberta.
Afin de pousser ce dossier, l’Ontario s’est constituée une équipe composée de l’ensemble de l’industrie de la volaille (producteur, abattoir, fournisseur, couvoir), c’est Team Ontario ! Quand à l’Alberta elle menace de se retirer de l’accord fédéral provincial sur le poulet si elle n’obtient pas ce qu’elle veut.
Selon la demande de l’Ontario et de l’Alberta, le producteur de volaille du Québec n’aura plus sa part dans la croissance de la demande de poulet, dont moins de quota additionnel ou du moins beaucoup moins qu’un producteur de l’Ontario ou de l’Alberta. Pratiquement, l’ensemble du quota qui sera donné pour l’accroissement de la demande sera alors reparti dans les provinces qui sont en ce moment en déficit pour le critère population versus quota.
Traditionnellement, la répartition de la croissance se faisait au prorata de la détention des quotas. L’introduction de l’élément démographique dans le calcul de l’attribution des quotas est sans précédent. On ouvre la voie à des revendications qui pourraient changer en profondeur l’agriculture d’ici, et cela risque de n’être pas trop positif. Une fois que l’on accepte le principe d’introduire le facteur démographique (dans un premier temps sur la portion croissance), comment refuser dans cette même logique une correction globale des allocations par provinces. Correction qui viendrait affecter négativement la production historique et cela dans une logique de corriger plus rapidement le déficit population /quota.
Risque de décroissance au Québec
Ce n’est pas pour rien que l’ensemble de la filière poulet en Ontario c’est créée un Team Ontario pour cette question. Si leur proposition est acceptée cela représente pour l’ensemble de l’industrie ontarienne des millions de dollars de croissance potentielle qui seront malheureusement compensés par une décroissance au Québec.
De plus si Team Ontario gagne son pari d’introduire l’élément démographique dans le calcul d’attribution des quotas de production, il est fort à parier que l’on verra se propager de telles demandes dans les autres productions sous gestion de l’offre, tel le lait. Les négociations actuelles dans la volaille sur la croissance différentielle pourraient avoir un impact majeur sur l’agriculture québécoise. On parle de centaine de millions de dollars par année, de plusieurs milliers d’emplois en amont et en aval de la production qui pourrait être menacés. Les propositions de Team Ontario et la menace de l’Alberta de quitter l’accord fédéral provincial sur le poulet menace non seulement l’agroalimentaire québécois, mais aussi le système de gestion de l’offre dans son ensemble.
Yan Turmine
À regarder la bande annonce de l’émission ``La face cachée de la viande``, produite par les productions J (Julie Snyder), on risque de jaser fort dans les campagnes lorsque que l’émission passera sur nos écrans. Cette émission fera la promotion du végétarisme, par des témoignages de personnalités, des affirmations et images-chocs contre la consommation de viande.
La bande annonce et certains extraits disponibles sur internet laissent entrevoir ce que sera le contenu de l’émission. On y fait la promotion du végétarisme non seulement pour des raisons de santé, mais beaucoup plus parce que l’on humanise les animaux et qu’il devient alors inacceptable de les tuer pour les manger. Il est alors facile de trouver des images d’animaux d’élevage maltraités, martyrisés afin d’associer ces mêmes images à notre consommation inacceptable de viande. N’oublions pas que pour beaucoup de monde la connaissance des animaux d’élevage passe par le cinéma ou le petit écran. Le cinéma projette plus une image humaniste des animaux (le film Babe par exemple) alors que la réalité est un peu plus « dure » : Un porc est élevé pour être tué et mangé. On abreuve nos enfants de films d’animation qui donnent des rôles humains aux animaux, même les lions deviennent gentils et végétariens.
Pour beaucoup de gens, leur viande provient de l’épicerie, sans réellement réaliser comment les animaux à l’origine ont été élevés et tués Cet état de fait s’explique en partie par l’urbanisation qui a coupé pour une très grande majorité de la population l’accès direct à la campagne. La connaissance des modes de production et d’élevage pour les citadins se fait donc par personne interposée, soit par les médias, mais aussi par l’industrie qui vend les produits de consommation. L’industrie (production et distribution) a souvent aussi donné une image bucolique à la production agricole, afin de plaire au consommateur. Cette image a cependant éloigné plus le consommateur de la réalité de l’élevage et de la transformation.
Cette volonté de l’industrie de cacher ou plutôt de camoufler la réalité de l’élevage à permis à des groupes extrémistes tels PITA aux États-Unis de dire n’importe quoi et de faire un tort considérable à l’élevage. Par exemple la Californie a interdit le gavage de canard, pourtant principal état pour la production de foie gras aux États-Unis. Dernièrement j’étais en visite en Turquie, avec des collègues nous somme allés manger dans un « St-Hubert » turc. Dans ce restaurant, propriété d’un grand industriel impliqué dans l’élevage et l’abattage de volailles, il y a des écrans géants qui font voir toutes les étapes de l’élevage, de l’abattage, jusqu'à la valorisation des fumiers faits par cette entreprise. De plus les napperons du restaurant reprennent de façon humoristique toutes les étapes de la production : du poussin à la table du restaurant. On est loin ici de l’image bucolique du fermier avec son chapeau de paille qui nourrit à la main ses poulets dans un pré fleuri. À voir le succès de cette entreprise, il faut croire que son choix marketing n’est pas si nuisible.
Il est important d’éduquer nos consommateurs, et non pas de les endormir avec des contes. À ce titre les portes ouvertes de l’UPA sont un pas dans la bonne direction. L’industrie doit aussi mettre la main à la patte, par un marketing un peu plus réaliste. Comment condamner ou corriger les faits d’une émission qui présente faussement l’élevage de façon diabolique quand l’on a nous-mêmes présenté faussement l’élevage de façon bucolique.
par Yan Turmine
L’institut économique de Montréal publié début septembre une étude de Mario Dumais intitulé « les conséquences négatives des offices de commercialisation ». Ce document qui tient plus d’un pamphlet (définition du Robert : court écrit satirique, qui attaque avec violence le gouvernement, les institutions, la religion, un personnage connu) met en pièce la gestion de l’offre à l’aide d’une analyse économique douteuse.
Pour un néophyte du monde agricole suite à la lecture de ce document, les offices de commercialisation et le système de quota n’ont pratiquement servi à rien et empêchent le secteur de l’agroalimentaire de se développer. Pour ceux qui connaissent le milieu agricole, certaines affirmations de ce document nous laissent très perplexes.
Saviez-vous que si les revenus d’une famille agricole sont plus élevés, c’est en raison des revenus hors ferme qui représentent 77% de leurs revenus totaux et non grâce aux offices de commercialisation. Pourtant, regardez autour de vous, connaissez-vous beaucoup de fermes sous gestion de l’offre dont 77% du revenu familial ne provient pas de la ferme. Moi je n’en connais pas. Alors comment monsieur Dumais, économiste, arrive à une telle conclusion. Premièrement il utilise la banque de données de statique canada CANSIM 002-024 (Revenu hors ferme total et moyen selon la source et bénéfice net d'exploitation total et moyen des familles agricoles, secteur non constitué en société). Cette banque de données ne concerne que les fermes non incorporées. Il aurait cependant pu utiliser la banque de données CANSIM 002-034 qui englobe les fermes incorporées et donne un meilleur portrait puisque beaucoup de fermes aujourd’hui sont incorporées. De plus aucune de ces banques de données ne distingue si le revenu des fermes provient d’une production gérée ou non par un office de commercialisation. Alors comment peut-on conclure à une quelconque influence des offices de commercialisation sur la provenance des revenus d’une famille agricole !
Autre affirmation fracassante de ce rapport « si selon cet exemple les producteurs de lait québécois avaient obtenu le même prix que les producteurs du Nord-Est américain en l’absence d’un système de gestion de l’offre, ils n’auraient pas eu non plus à assumer le coût des quotas et auraient touché de meilleurs revenus ». Sauf que les revenus qui servent à assumer les couts de remplacement des quotas selon le calcul de Monsieur Dumais, économiste, représentent une capitalisation qui reste sur la ferme ou procurent un rendement sur du quota acquis dans le passé à un cout moindre que la valeur actuelle de remplacement.
De plus notre économiste semble passer sous silence un grand principe de l’économie capitaliste : Le cout de l’achalandage. Lorsque que vous avez une entreprise qui fait de l’argent, cette entreprise prend de la valeur sous forme de goodwill (achalandage). Si votre profitabilité est assurée par un droit quelconque donné par le législateur, tels une réglementation, un brevet, un contrat exclusif, votre achalandage prend encore plus de valeur si cela vous permet de stabiliser de bons revenus à long terme. Beaucoup de secteurs économiques sont profitables et prospères grâce à une réglementation qui restreint l’entrée de nouveaux joueurs ou produits. Les systèmes de gestion de l’offre ont cependant le mérite de favoriser de petites et moyennes entreprises. Regardons ce qui se passe actuellement dans le secteur des grains (qui n’est pas sous un office de commercialisation). Avec une augmentation des prix des grains, on assiste à une augmentation importante des prix des terres. Selon la logique de monsieur Dumais, on devrait dire que le producteur de céréales n’as pas vu son revenu augmenter parce que l’on devrait tenir compte de l’augmentation de la valeur de ses terres.
Ce document s’applique à défaire le système de gestion de l’offre non pas par une réelle analyse économique, mais par une série d’analyses à la logique douteuse, d’exemples mal documentés sortis de leur contexte. À se demander pourquoi Mario Dumais; économiste, personnage éminent connu en agriculture, ancien secrétaire général de la coopérative fédérée du Québec et commissaire de la commission Pronovost; a produit un tel document pour l’institut économique de Montréal. Il est vrai que la devise de cet institut est : DES IDÉES POUR ENRICHIR LE QUÉBEC.
Une campagne électorale est une bonne occasion pour réfléchir sur notre société et son avenir. Au-delà d’enjeux communs à chaque citoyen du Québec, certains enjeux peuvent nous interpeller plus particulièrement. L’agriculture et la vie de tous les jours en région sont sûrement des enjeux d’intérêt pour plusieurs lecteurs de La vie agricole.
Il est intéressant de voir ce que chaque parti politique propose pour l’agriculture. Cela nous donne de la matière à discuter lorsque l’on rencontre des candidats et peut éventuellement guider notre choix le jour du vote. Surtout si l’on est indécis.
Bonne nouvelle, dans la plupart des plates-formes électorales, l’agriculture et les régions sont le sujet de plusieurs engagements. L’agriculture n’est pas un enjeu majeur de cette campagne, mais il représente un enjeu assez important pour faire l’objet d’engagements dans les plates-formes de presque tous les partis.
Le seul parti qui n’avait pas d’engagement lié à l’agriculture dans sa plate-forme électorale au moment d’écrire cet article est le parti libéral du Québec. Étant le gouvernement sortant son bilan reste donc un élément de réflexion important. De plus l’ensemble de ses engagements ainsi que son programme électoral n’était pas encore connu, peut-être par simple question de stratégie électorale !
Du côté des autres partis, leurs plates-formes électorales sont à ce jour publiques et disponibles sur leurs sites. Sans égard à la qualité des engagements, le nombre d’engagements que contient une plate-forme électorale peut être un indicateur de l’importance que l’on accorde à un sujet. Pour le nombre d’engagement relié à l’agriculture et les régions, Québec Solidaire nous propose 15 engagements sur environ 90 que compte son programme. Le Parti Québécois nous propose 8 engagements agricoles sur 99. La Coalition Avenir Québec nous en présente 5 sur 94 et la plate-forme d’Option Nationale contient 3 engagements agricoles sur les 66 que compte sa plate-forme.
La plupart des engagements agricoles des partis politiques répondent à des enjeux important du milieu agricole. Il est intéressant d’en prendre connaissance car cela alimente bien notre réflexion. De plus si chacun de nous lorsqu’il rencontre un candidat est en mesure de poser des questions ou faire des remarques sur les engagements agricoles de son parti, nous en démontrons toute l’importance.
En politique l’intérêt amène la priorité, le désintéressement l’oubli. Plus l’on posera des questions sur les engagements agricoles de chacun des partis, plus cela se traduira par des actions concrètes par le gouvernement élu.
Voici les sites internet des différents partis :
Parti libéral du Québec : www.plq.org
Parti québécois : www.pq.org
Coalition avenir Québec : www.coalitionavenirquebec.org
Québec solidaire : www.quebecsolidaire.net
Option nationale : www.optionnationale.org
Yan Turmine
La fermeture de l’abattoir de Levinoff-Colbex soulève beaucoup de questions dans la classe agricole. Plusieurs se demandent comment on en est arrivé là ? Qui va payer la note, et que va-t-il arriver au marché de la vache de réforme si l’on a plus d’abattoirs ? Toutes sortes de réponses sont données, mais peu semblent satisfaire les producteurs.
Il est sûr que le promoteur, le gouvernement et l’UPA sont dans ce dossier du même côté de la clôture. Difficile alors d’avoir quelqu’un qui pose les vraies questions et qui cherche à avoir de bonnes réponses. Il est important pour l’avenir, de connaitre ce qui s’est passé et d’en tirer des leçons, car les producteurs ont besoin de commercialiser correctement leurs vaches de réforme.
Il est bon de rappeler que suite à la découverte d’un cas de maladie de la vache folle dans l’Ouest canadien en 2003, l’exportation de viande de bœuf et de bovins cessa. Cette situation plongea la filière bovine dans une profonde crise. Au Québec, le marché de la vache de réforme s’écroula, les producteurs ne recevaient rien pour leurs animaux de réforme. Il arrivait même que l’on reçoive une facture lorsque l’on vendait une vache de réforme.
L’idée d’achat d’un abattoir par les producteurs semblait être une solution à ce grave problème de vente d’animaux de réforme. Le projet s’est réalisé, mais l’on constate, aujourd’hui que cela ne s’est passé comme on le voulait. Pourquoi?
La commercialisation de la vache de réforme est complexe, souvent les producteurs sont à la merci de grands groupes qui dictent leur prix faute de concurrence. Suite au fiasco de l’abattoir Levinoff-Colbex, il va être difficile soit pour le gouvernement, ou pour l’UPA de proposer des solutions pour permettre une commercialisation qui aura l’appui d’une majorité de producteurs. Tout simplement parce que ceux-ci ne savent pas ce qui s’est passé réellement dans le dossier de Levinoff-Colbex. Cette perte de confiance, plus que justifiable, risque de couter des centaines de millions aux producteurs dans les prochaines années.
Dans des dossiers tels que celui de l’abattoir de Levinoff-Colbex, il serait opportun qu’un organisme indépendant de l’UPA et du Gouvernement puisse enquêter sur ce qui s’est passé. Afin de répondre aux questions et permettre à tous de repartir sur des bases de confiance. Sans cela ce dossier va tomber dans l’oubli, en laissant un gout amer.
Yan Turmine
par Yan Turmine
Au cours des derniers mois, plusieurs banques ont dit que le secteur agricole offrait des perspectives économiques intéressantes. Plusieurs économistes disent la même chose. L’agriculture intéresse beaucoup, un peu comme l’immobilier. Le ministre de l’Agriculture ainsi que d’autres acteurs du milieu agricole lancent d’ailleurs un appel afin que l’on projette une image positive de notre agriculture, afin de favoriser la vocation agricole chez nos jeunes et nos citoyens.
Le monde agricole dans les prochaines décennies devra répondre à une croissance de la demande comme il n’a jamais été confronté dans son histoire. Cette demande sera générée par plusieurs facteurs, en voici quelques-uns :
- une population mondiale qui atteindra possiblement le 9 milliards d’habitants d’ici quelques décennies.
- L’Asie (plus de la moitié de la planète) qui se développe et qui consommera plus de viande, plus de produits fins.
- La pêche, la chasse et les systèmes de cueillette qui sont pour la plupart en déclin, voir même menacés de disparaitre. Ces systèmes seront remplacés par l’élevage, et l’agriculture de nouvelles espèces animales ou végétales.
- le secteur énergétique qui voit en l’agriculture un formidable fournisseur de matières premières pour produire de l’énergie (biocarburant).
Cette demande stimulera la mise en production des terres agricoles non utilisées (contrairement à la croyance, il y en a beaucoup). Souvent ces terres disponibles présentent des contraintes qui demanderont des investissements importants pour les exploiter. De meilleurs prix agricoles permettront de justifier ces investissements, un peu comme le pétrole, avec un baril à 100 dollars tu peux te permettre d’aller chercher plus loin. La demande stimulera aussi la recherche et la mise en place de nouvelles technologies afin de produire plus avec ce que l’on a. On verra apparaitre de nouvelles plantes, de nouvelles variétés, de nouveaux élevages et de nouvelles façons d’élever.
L’agriculture représentera des défis intéressants pour ceux qui voudront les relever. De plus nous sommes chanceux, le Québec possède un potentiel agricole important. D’une part par son historique, on ne part pas de zéro, on a une infrastructure agricole existante et performante. D’autre part, on a des terres agricoles non exploitées ou mal exploitées en quantité.
Cette croissance entrainera certains problèmes qui pourraient à terme la limiter, voir la détruire. La spéculation, les problèmes environnementaux et sociaux seront au rendez-vous. Il est bon de voir nos banques s’intéresser à l’agriculture, moins bon de les voir spéculer sur des terres au Lac St-Jean. Afin d’éviter des troubles sociaux il faudra que le développement ne soit pas le fait que de grandes corporations. Les gens des régions devront être aussi des agents de développement.
À ce titre, l’intégration rapide de plusieurs productions par des grands groupes est inquiétante. Les projets de développement devront être encadrés par des lois et règlements qui permettent un développement durable, un équilibre entre le n’importe quoi d’entrepreneurs trop gourmands et le zèle de fonctionnaires fanatiques de l’environnement.
Il est du rôle du gouvernement d’encadrer et de stimuler ce développement par des lois, des règlements et des programmes de soutien. La plupart de nos lois et règlements en matière agricole ont été mis en place il y a environ 30 ans. Ils ont permis à l’agriculture du Québec de l’époque de se distinguer au Canada. Et à travers le monde, on est passé d’une province à la recherche de son auto suffisance à un exportateur important de produits agricoles. Cependant ces lois doivent être modifiées, reformées afin de répondre aux nouveaux défis. Le cadre légal et réglementaire de nos institutions comme la financière agricole ou les assurances agricoles leur permettent-ils de lutter contre la spéculation, d’encourager la ferme familiale à développer son terroir? Faut-il de nouveaux programmes, notamment en recherche et développement, faut-il en éliminer ?
Le gouvernement du Québec par son livre vert semblait vouloir s’attaquer à ces questions. Actuellement on a l’impression que l’on est plus préoccupé à ne pas faire de bruit, à clamer que tout est beau qu’à se lancer dans de grandes réformes qui traceront notre avenir. Espérons que cette impression est fausse, et que notre gouvernement s’active à nous préparer un fabuleux avenir. C’est peut-être pour cela que notre ministre de l’agriculture dit que tout est beau.
par Yan Turmine
Le conflit entre le gouvernement et les étudiants sur les droits de scolarité nous amène à nous questionner sur le système d’éducation au Québec. En agriculture, la demande en diplômés n’a jamais été aussi grande. La recherche de candidats pour un employé agricole, un poste de technicien ou d’agronome n’a jamais été aussi compliquée. Le déséquilibre entre la demande et l’offre risque de mettre en péril le développement de l’agriculture dans le futur.
Plusieurs groupes mettent beaucoup d’effort à attirer et à former du personnel pour travailler à tous les niveaux de la filière agricole, travailleur agricole, gérant de ferme, technicien, conseiller agricole. Malgré ces efforts la main d’œuvre semble de plus en plus difficile à embaucher. L’association des industries de l’alimentation animale et céréalière du Québec (AQINAC) lors d’une rencontre avec le ministre de l’Agriculture et d’autres membres du gouvernement a manifesté son inquiétude face à la diminution de la fréquentation des institutions d’enseignement en agriculture. Malgré une demande de plus en plus grande de diplômés par le secteur agricole, l’agriculture ne semble plus attirer les étudiants.
C’est bien fini le temps où le système d’éducation sélectionnait les meilleurs candidats afin de les former. L’offre de diplômés répondait amplement à la demande. Aujourd’hui, le système d’éducation a pour mandat de former convenablement le maximum de monde avec une sélection minimum. Nos écoles doivent rendre compétents des gens qui autrefois n’auraient pas été sélectionnés ou même rejetés du système, un défi de taille, mais obligatoire pour répondre à la demande de la société.
De plus, les jeunes ont de plus en plus de choix de carrières intéressantes, l’agriculture a beaucoup de compétition. Le développement des mines et de l’énergie risque d’attirer de plus en plus de ressources en région, au détriment de l’agriculture.
Cette pénurie de main-d’œuvre que nous vivons et qui risque selon plusieurs analystes et gens du milieu de s’aggraver, va profondément changer notre agriculture.
Notre productivité à tous les niveaux devra augmenter. Tous les intervenants de la filière agricole devront produire avec moins de main d’œuvre. Au niveau du conseil et de la distribution d’intrants, l’on devra avoir plus de clients par conseiller, au niveau de la production agricole plus d’automatisation. Il y aura aussi un choc au niveau des revenus et des couts de production. D’une part la main d’œuvre en plus d’êtres rare sera plus chère, ce qui mettra de la pression sur les couts de production. Mais d’autre part si les revenus n’augmentent pas, beaucoup d’entrepreneurs agricoles risquent de se tourner vers d’autres secteurs plus lucratifs. Pourquoi se casser la tête à vivre de sa ferme, quand on peut travailler et bien vivre dans un autre secteur d’activité? C’est la question que de plus en plus de gens vont se poser, et que de plus en plus de jeunes ont déjà répondu quand ils choisissent leur carrière future.
Beaucoup d’effort est mis actuellement en éducation, si le Québec veut se développer il va falloir en mettre encore beaucoup. Il va falloir investir dans nos professeurs, améliorer dans l’efficacité de nos écoles afin qu’elles accomplissent une tâche de plus en plus difficile, bien former un maximum de monde sans trop en échapper. Il va falloir attirer et garder les jeunes dans nos écoles. Financer cela, va demander un peu plus d’imagination que la simple hausse des frais de scolarité, mesure discutable si on la regarde d’un point de vue accessibilité à l’éducation. Mesure qui l’est certes moins du point de vue fiscal, le gouvernement a trouvé là une façon de nous imposer plus, en taxant encore plus un service public.
En écoutant la radio la semaine dernière, j’apprenais que la production de cornichons et de pickel avait diminué de plus du trois-quart. Et que la production d’ail du Québec a quant à elle pratiquement disparu. Les deux étant remplacés par des importations principalement de l’Inde et d’autres pays émergents.
Certes ces productions ici ont été remplacées par la production d’autres légumes et la production de mais grain.
Un côté obscur de la mondialisation !
La mondialisation n’a pas que du mal. La forte progression de la consommation de viande, la recherche d’énergies qui peuvent substituer le pétrole font en sorte que le prix des grains et des viandes sont à la hausse. Le Canada qui est un grand producteur de céréales et de viande profite de cette situation.
Plusieurs productions vont cependant être mises à mal, voir être amenées à disparaitre, sous un raz de marée de produits venant de pays tels que la Chine ou l’Inde. Voici un cas éloquent. La Chine ne produisait pratiquement pas de pâte de tomate voilà qunize ans, un seul conglomérat chinois en une décennie a réussi à mettre sous contrat 300.000 producteurs afin de cultiver de la tomate, de mettre des structures en place pour collecter et transformer ces tomates. Le résultat : La Chine est devenue un des principaux joueurs mondiaux de pâte de tomate, bien sûr a des prix défiants ltoute compétition. Pour le consommateur qui aimait faire sa sauce spaghetti avec de la vraie pâte de tomate italienne, possiblement qu’aujourd’hui c’est de la pâte chinoise qu’il utilise.
Cette mondialisation peut paraitre inquiétante, mais le Québec et le Canada se sont dotés d’outils et de politiques qui nous permettront d’affronter ces changements, mais aussi d’ en tirer parti. La politique que le gouvernement du Québec a mise en place pour les appellations contrôlées est un outil majeur pour la sauvegarde de petites productions qui peuvent très bien vivre de leur production auprès d’une clientèle grandissante au Québec. Il faut cependant que le Québec continue à renforcer cette politique par des règlements et des amendes plus sévères pour ceux qui abuseraient dans l’utilisation des appellations.
La gestion de l’offre, la solution !
Les systèmes de gestion de l’offre restent encore le meilleur moyen de répartir la richesse de façon équitable, et de mettre une stabilité dans des productions qui connaitront des turbulences importantes sur les marchés mondiaux.
Des réformes à l’ASRA sont nécessaires pour protèger les producteurs et non les transformateurs. Cela reste un excellent moyen à peu de frais de répartition et stabilisation des revenus des productions non contingentées.
De plus le Québec possède des atouts techniques uniques comme l’utilisation de fourrage de qualité en production laitière, l’utilisation d’autres céréales que le mais en alimentation animale afin d’agrandir la zone grain au Québec, et une meilleure utilisation des sous-produits du grain. L’objectif : Valoriser nos ressources, nos terres agricoles, arrêtez de les gaspiller !
Le Québec est un tout petit joueur sur la scène agricole internationale. Peu de pays même assez grands peuvent se vanter de posséder les outils qui nous permettront de bénéficier de cette mondialisation qui peut apparaitre sauvage au premier abord. Ne faisons pas des cornichons de nous en sacrifiant tous ces outils pour les petits amis et le profit immédiat.
Les salons agricoles, le rendez-vous des entrepreneurs agricoles.
Yan Turmine
Le salon de l’agriculture à St-Hyacinthe et le SIMAQ à Québec sont d’excellentes occasions pour le monde agricole de se rencontrer, échanger et faire voir notre savoir-faire. Se promener dans ces salons c’est aussi voir le dynamisme de tous ces entrepreneurs, producteurs agricoles, industriels agricoles qui font de l’agriculture une activité économique importante au Québec.
Dans ces salons, il est impressionnant de voir tous les gens qui s’activent pour faire de l’agriculture une activité plus performante et prospère. À se promener et à discuter avec les visiteurs ou les exposants, on réalise que la plupart sont des PME gérées par des entrepreneurs d’ici. Lorsque l’on regarde un peu partout sur la planète, on s’aperçoit que nous avons ici une agriculture des plus performantse. Cela s’est fait grâce à une multitude d’entreprises familiales, autant dans la production que dans les entreprises qui desservent cette production. Les salons sont le reflet de ce modèle de développement.
L’agriculture est composée de mille et un détails. Pour avoir une agriculture productive il faut plus que des fermes, cela prend aussi des gens qui produisent de la machinerie, des bâtiments, ou tout simplement quelqu’un qui pense à améliorer une vis qui va mieux tenir une tôle. Chaque détail est constamment amélioré par une multitude d’entrepreneurs rivalisant entre eux pour avoir la meilleure idée ou le meilleur produit à vendre. Imaginez si tout était contrôlé par un ou deux grands groupes, pas sûr que l’on aurait cet esprit compétitif propre aux entrepreneurs. On tomberait rapidement dans l’inertie.
Trop souvent, certains dirigeants oublient ce génie qu’ont ces entrepreneurs, producteurs ou industriels. Ils considèrent alors les producteurs comme des enfants qu’il faut guider en leur tenant la main et les industriels comme de vulgaire marchand qu’il faut chasser du temple. De voir le ministre de l’Agriculture et le nouveau président de l’UPA visiter ensemble le salon de l’agriculture à St-Hyacinthe, démontre qu’il y a cependant des dirigeants qui s’intéressent à ces entrepreneurs de l’agriculture. Du moins c’est à espérer !
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